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Nouvelles pages le 15 décembre 2011
Le XXIII ème chapitre : Jour de tournoi  partie II EN LIGNE

Mise à jour de la playlist 14/01/2011
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Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 21:53

« Si vous n’existiez pas, il faudrait vous inventer »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

Il fait frais, mon corps repose sur le sol, je sens l’humidité sous mes doigts. Alors que le brouillard règne dans ma tête, un murmure flotte et semble demander « pourquoi ». Non… Ce n’est peut-être que le vent qui s’insinue dans celle-ci ou la fin de ce rêve qui n’en finit plus. Une lumière aveuglante me brûle la peau. Je froisse un papier, une vieille lettre dans ma main. Je me redresse, tourne sur moi-même, ma tête est lourde. La forêt de toutes parts domine, noyée dans un bruissement d’eau. La lettre m’apparaît, tachée de sang, il ne reste que quelques mots : ta trahison… jamais… pourquoi… Je marche droit devant, vers l’eau pour me laver de tout ce sang, le mien peut-être et celui d’un cœur de bête que je ramasse avec dégoût... tout est toujours flou. À quoi pouvait t-il servir ? La source est là; révélée par la lumière, elle se laisse tourmentée par des roches, témoins endormis du passé.

 

Terres d’Écosse, d’Irlande ou de Bretagne, toutes les forêts parlent le même langage et par le sang elles sont liées, comme le lierre au chêne. Quel pouvait être le nom de celle ci ? Son pays? Une ancienne vie me rappelle à elle, cette forêt m’est inconnue mais si familière qu’elle en est glaçante malgré la douceur du levant.

 

Au loin, des chevaux sont lancés au galop ; leurs sabots claquent sur les pierres des chemins, ils entrent dans l’enceinte de la forêt, ils se rapprochent. Les cris de cavaliers troublent l’eau souillée de sang, son instinct frissonnant m‘induit la fuite. Sur le bord, un saule-pleureur laisse ses branches à la dérive du vent et du courant, créant un rideau où se cache l’âme perdue. Les claquements deviennent plus forts jusqu’à en être étourdissants. Sur le haut de mon sein, près du cœur, se fait sentir une entaille, le sang s‘évade sur ma chair, il coagule autour de la plaie saillante et ruisselle vers mon ventre. Je déchire un bout de ma chemise blanche, maculée de rouge pour faire pression. Tout revient alors à mon esprit : les chevaux, le cavalier, l’épée, le sang sur mes mains … Un cri, j’entends un cri d’appel, on attend une réponse: « sorcière, sorcière tu dois payer ton crime, rends toi. ». La voix résonne, le vent se lève plus fort, les feuilles frémissent sur son passage, il s‘engouffre à travers les bois changeant l‘atmosphère, un frisson me traverse. Ils sont trois, peut être quatre à attendre, à guetter un signe, un mouvement. Que dois-je faire? Rester là, courir, mais où? De l’entaille ruisselle toujours un peu de sang. Mes assaillants ne sont plus très loin, ils sondent le bois du bout de leurs épées tranchantes, les faisant ratisser toutes les fougères, buis, talus des alentours. Des contusions s’observent à la surface de ma peau, ainsi qu‘une marque rouge dans la pliure de mon coude. Avant de penser à leur provenance, je prends une impulsion. Dans un élan, je prends la fuite. Courir! Courir plutôt qu’être brûlée vive sur leur bûché devant la populace huant et crachant. Dans ma course, des ronces me déchirent la peau, les arbres défilent, une clairière scarifie l‘étendue, puis je m‘arrête! Le vide, la fin, le néant sous mes pieds. La falaise rongée depuis des centaines d’années s’ouvre sur l’océan. Une larme coule sur ma joue. Derrière moi, alors que mon accablement règne, j’entends déjà rire les cavaliers brandissant de leurs fourreaux quelques armes pour m’assassiner. L’un d’eux descendu de cheval engage ma défaite. Je recule d’un pas, puis de deux sans trop savoir. Un courant d‘air remonte des eaux alors que je regarde mon tombeau. Il avance d‘un pas assuré, son arme rangée, il sait qu‘à ce moment il n‘y a plus d‘issue. Sa main prend mon cou avec force, ma gorge se sert, mes larmes coulent le long de cette main qui m’oppresse. Plus qu’un pas et c’est le vide, la chute est inéluctable. Leurs sourires satisfaits alors que je perds pied, contemplent ma descente aux enfers. Une vague frappe la craie de la falaise, de la rupture du monde, de l’en deçà1 et me ramène vers ses profondeurs pour l’au-delà. L’eau, l’eau qui pénètre partout, dans mon nez, dans ma bouche, et une mort lente et douloureuse qui se laisse attendre.

Le voile sombre de mon passé s’était évanoui alors que la mort approchait.

Par Angelique E Mahé - Publié dans : Les Outsiders - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 18:52

 

 

OOOO

 

 

- C’est le deuxième affrontement de joute montée que nous allons voir ce matin. Espérons que celui-ci sera plus long. De toute façon, il serait difficile de faire plus court, cingla Biche. La piste est propre, les hérauts d’Anthéa et Vane-Ase peuvent venir nous présenter leurs chevaliers.

Brak, le héraut de Vane-Ase entra d’un pas marqué sur la piste, Lilh, sembla flotter. La terre, battue par le premier se reposa au passage du second.

Brak ouvrit ses bras à la foule pour cadrer son attention.

- Spectateur, l’homme qui entre maintenant n’a peur de rien, ni de personne.

La foule l’écouta.

- Ce chevalier vit en érèbe, cela devrait faire foi de son courage. Ce chevalier c’est Brice deKerdasclémon, fils de Grégoire de Kerdasclémon lui-même frère de notre seigneur Guillaume.

Brice entra sur la piste épaule large, il était déjà vainqueur.

Brak laissa la parole à Lilh.

- Chers Eréals, chers invités, le Chevalier que je vais vous présenter est la perle du courage, annonça calmement l’orateur. Elle est le joyau de nos amazones, fille d’Ena et d’Oréo membre du peuple de la mer.

Ses paroles enchantaient la foule.

- Voici notre trésor : Alpha.

La belle blonde arriva de cuir brun vêtu sur un cheval Palomino. Sa robe dorée contrastait avec son très soyeux crin ivoire.

 

Le temps de compter jusqu’à 10 l’affrontement était terminé.

Alpha tomba après un violant coup au thorax. Relevée, elle avait oublié ce qu’elle faisait ici. Biche prononça la victoire de Brice.

 

 

OOOO

 

 

- Nous voici prêts à voir l’épreuve des Pouvoirs, annonça Biche. Ce combat, dont le but étant de sortir son adversaire du cercle tracé au centre de la lice est présenté en trois manches décomptées par un sablier. Si aucun des deux concurrents n’est expédié du cercle à la fin du sablier, c’est vous-même spectateurs qui choisirez le plus méritant.

 

- Vive l’impartialité, dit Simon à Yann.

- Il faudra juste que cela n’arrive pas, dit Yann. Mon adversaire devra sortir du cercle.

- Erik est très fort, c’est quand même un élémentaire terre.

- Tu le connais aussi?

- Plutôt! C’est mon frère.

- Mon adversaire est ton frère?

- Oui, confirma Simon. Ma famille n‘est faite que de combattants nés. Imagine le fossé avec moi, compléta Simon.

- J’imagine les réunions de famille.

- Mon père s’est souvent demandé si j’étais bien son fils.

- Dur!

- C’est peu dire! Confirma Simon. Surtout quand, moi-même, je me pose la question, pensa-t-il.

 

- Cadwal de Cernunnos et Alix d’Anthéa sont attendus sur la piste pour le premier Combat des Pouvoirs.

La foule aimait cet affrontement pour la part dans laquelle elle avait à intervenir. Plus le sablier versait son sable plus les spectateurs s’excitaient à l’idée d’avoir le pouvoir de déterminer le gagnant de l’épreuve.

Cadwal, invulnus, se crut arrivé avec son pouvoir d’ invulnérabilité, c’était sans compter sur le fait qu’Alix était une élémentaire feu, seul pouvoir craint par les dits « invulnérables ».

Le combat fut rapidement conclu en faveur de la brûlante Alix.

 

Ensuite, vînt l’affrontement tant attendu par Yann. Non pas pour la rencontre avec son adversaire mais pour faire ses preuves auprès de sa grand-mère.

Noah introduisit l’écuyer:

- Fils de Thomas, le formidable forgeron d’armures légendaires, et de dame Vianne fille d’Ariane d’Anthéa.

La foule regarda alternativement la dame et son petit fils. Même Helena, petite fille reconnue, n’avait pas l’air d’être au courant de ce lien de filiation. Elle sembla demander à sa mère et sa grand-mère si ce fait était exacte. Après leurs réponses, si Ariane resta tolérante et Isaure circonspecte, Helena se présenta curieuse et accueillante. Ce nouveau cousin avait des airs de son grand père perdu, cela créa naturellement un lien avec Yann.

- Encouragez Yann, futur chevalier, pour son premier tournoi, demanda Noah.

La foule eut un coup de cœur pour ce jeune écuyer. Fils d’un forgeron et d’une dame, ils le virent comme un espoir de changement; de changement de classe, de changement de vie; ils le virent comme un pont entre les classes et les territoires.

 

Au centre du cercle, les deux garçons porteurs de drapeaux allaient marquer l’entrée de Yann dans l’histoire des tournois, l’entrée dans l’espace d’honneur, de fierté et de communauté. Un espace qu’il espérait depuis le jour où Marion lui avait rappelé qu’il n’était que le fils du forgeron et que sa défunte mère, si elle avait vécu plus longtemps, l’aurait quitté pour reprendre la place qui était la sienne, c’est-à-dire celle de dame au coté du seigneur Victor, en oubliant, bien sûr, qu’elle avait eu un fils avec le forgeron. Marion mettait un certain point d’honneur à frapper verbalement là où ça faisait mal.

Les drapeaux touchèrent le sol après leur envolée. La terre soulevée par ceux-ci marqua la dernière limite entre Yann et Erik.

Erik avança vers Yann le pas lourd. Il attira la poussière de terre environnante pour la projeter au visage de Yann qui répondit en couvrant son visage d’une peau de métal. La foule fut très sensible à cet effet.

Le silence régnait.

Les poings de terre compactée enchaînèrent des gauches droites que Yann esquiva avec adresse et rapidité. Un blocage déviant de Yann et Erik fut déséquilibré jusqu’à la limite du cercle. Il avait eu chaud! Un peu plus et la première manche se terminait.

Considérant la masse compacte de son adversaire, Yann compris que seule cette masse pourrait contraindre Erik à franchir le cercle.

Erik riposta d’une charge frontale, pleine de revanche. Elle lui fut fatale, Yann se déporta au dernier moment de l’espace visé et la masse s’effondra tout droit hors du cercle.

La première manche était terminée.

La foule se leva d’enthousiasme.

 

Guillaume intervînt auprès de son fils.

- Reprends-toi, ce n’est qu’un fils de forgeron.

Le fils hocha la tête en réponse.

 

Victor intervînt auprès de son écuyer.

- Continue comme ça.

Yann inclina la tête avec conviction.

 

- Seconde manche, annonça Biche. Je rappelle qu’il n’y a qu’une seule règle, ne pas tuer son adversaire, lâcha le coordinateur.

La foule se concentra, des tambours se firent entendre en bord de lice.

Le rythme marqué, les regards entre Yann et Erik s’échauffèrent.

Erik se transforma en une boule de terre comparable à la pierre, Yann se recouvra de pointes de métal, embrocha la masse de terre et l’expédia au-delà du cercle dans un mouvement de dégagement né de l‘énergie de son propre adversaire.

Le porteur de drapeaux marquant les points de Yann lui accrocha un second drapeau de victoire.

La foule honora le fils de forgeron.

La troisième manche commença au moment où Erik rentra en trombe dans le cercle bien décider à faire son point. Il recouvra toute une corde du cercle en se pulvérisant. Yann riposta en se fondant au sol en une nappe de métal liquide comme le mercure.

La foule attendait, tout le monde attendait.

Le moment décisif se faisait attendre.

La poudre que formait Erik se rassemblait en petits amas. Il luttait contre la pesanteur comme un être humain luttait pour garder les muscles de son ventre serrés. Yann ne souffrait pas de sa position, il se permettait d’attendre. Seul, le sablier ne se faisait pas attendre et Erik comptait sur lui pour clôturer la troisième manche, une manche d’honneur pour lui puisque celle-ci comptait pour deux, pour les deux manches qu’il venait de perdre.

Les derniers grains du sablier tombaient, Erik ne tînt pas la durée, il s’effondra au sol sur la nappe de métal qui l’emmena près de la ligne pour le projeter en dehors du cercle.

La foule fut fière de son « coup de cœur » et accueillit Yann dans la légende du Tournoi du Milieu.

 

 

OOOO

 

 

L’humidité du matin avait quitté la terre, l’après-midi faisait meilleur « ménage » avec les armures complètes, la rouille étant le pire ennemi du combattant.

 

- Chers hôtes, avant de passer au superbe Combat des Seigneurs qui débutera avec notre merveilleuse dame Isaure et le grand seigneur Guillaume, je vous donne rendez-vous demain matin pour la grande finale entre le Mystérieux Rasmus et l’Impavide Brice.

La foule étaient impatiente de voir cet affrontement.

 

Lilhs’imposa cette fois-ci. Il devait une belle présentation à sa dame. Guillaume retint Brak qui tenta de lui prendre le pas.

- Cela fait bien longtemps que notre Dame ne nous a pas gratifié de sa belle présence sur le terrain. Elle qui illumine si souvent nos terres et nos îles va maintenant illuminer le terrain de ce 121ème Tournoi du Milieu et illuminer… vos cœurs. Je vous demande d’accueillir dame Isaure.

Brak défia l’autorité de son seigneur en entrant sur le terrain sans sa permission.

- Je vous annonce l’entrée de notre maître à tous : Guillaume.

Isaure et Guillaume se présentèrent dans la lice, face à face, en dehors de leur recès, de leur refuge.

Leurs armures protégeaient toute la surface de leurs corps. Les secrets de celles-ci étaient leur légèreté et des articulations souples au niveau du cou, des épaules, des coudes, des poignets, des hanches, des genoux et des chevilles. La carrure de Guillaume, seul point révélateur de son identité, semblait être deux fois plus imposante que celle d’Isaure .

Elle releva la visière de son casque.

Si Isaure était descendue dans la lice épée à la main ce n’était certainement pas pour la quitter au premier tour. À en croire son regard, elle avait une revanche à prendre sur son adversaire.

 

- Elle a vraiment un regard dur pour lui, perçut Isabel assise en haut de la pyramide qu’elle formait avec Yann-Simon assis en dessous, Victor-Rasmus assis encore au-dessous. Ceci en proportion à la somme de leurs largeurs d’épaules!

- On en ressent une profonde violence, observa Rasmus.

- Ils se sont aimées, révéla Victor.

- Ha, lâcha Simon dubitatif.

- Ça se présente être un affrontement intéressant, dit Yann piqué au vif (comme l’aurait été Léo!).

 

Cette épreuve en un contre un demandait une épée courtoise, une épée sans tranchant ni pointe, ce qui n’empêchait pas la perte possible de membres ou de la vie.

Il fallait avoir porté 10 coups sur l’armure de son adversaire pour être présenté comme vainqueur.

Les deux garçons préposés aux drapeaux s’étaient munis de 10 petits drapeaux blancs chacun pour marquer comme points ces coups. Vrai cauchemar au redressage pour les forgerons, c’est à cela que pensa Yann quand Isaure porta son premier coup sur la tête de Guillaume. Le premier drapeau-point fut mis en place pour la dame.

- Isaure est sans conteste plus rapide que le seigneur Guillaume. Celui-ci à l’air déstabilisé, commenta Biche.

Guillaume envoya son épée en direction du commentateur, celui-ci en perdit son chapeau trop voyant. Le silence régna dans les gradins. Guillaume fit signe à son écuyer de lui amener une autre épée.

 

- Ça va vraiment être un affrontement intéressant, pointa Yann.

 

Guillaume était monté en pression et bien décidé à ne plus rien lâché! Femme ou pas femme, ex ou pas ex, il allait lui démonter ces petites jambes.

Le premier, deuxième, troisième, quatrième et cinquième points furent marqués le temps d’un clignement d’œil.

- Guillaume montre du cœur à l’ouvrage chers invités, commenta Biche.

Le grand héraut n’aimait pas être menacé et savait être très agaçant.

Guillaume ouvrit sa visière pour le prévenir du regard, mais Biche lui répondit d’un sourire acerbe.

- Ce combat est une perle, une petite merveille, compléta-t-il.

Guillaume choisit de se défouler sur Isaure en marquant son sixième et septième points et huitième. En réponse Isaure marqua 8 points ce qui porta le score à 9 pour elle, 8 pour lui.

- Guillaume est au pied du mur.

Le seigneur projeta de nouveau son épée en direction de Biche.

L’écuyer lui présenta une autre nouvelle épée.

- Il est bientôt vaincu!

Guillaume se tourna vers Biche.

Le commentateur se tapit dans son promontoire.

- Guillaume? Engagea Isaure. Sommes nous ici pour que tu maltraites le grand héraut ou pour nous battre?

- Je suis là pour gagner, tu es là pour perdre, mon aimée.

Isaure se laissa déstabiliser par ce mot d’amour.

Il lui porta les deux derniers coups qui la menèrent au sol.

- J’espère que tu étais venue pour perdre Isaure.

- Apparemment oui, conclut-elle.

Il ne la releva pas et se retira de la lice s’en même savourer sa victoire.

- Guillaume l’emporte sur Isaure, annonça Brak.

- Nous le félicitons pour son « faire plait », condamna Biche du haut de sa « tour ».

- Et sa supériorité sans conteste, renchérit Brak.

 

- c’est vraiment triste, conclut Isabel.

 

Le second Combat des Seigneurs fut presque ignoré, le public était trop porté à faire des commentaires sur le premier combat. Mais Biche fit bien son travail :

- La glissade va presque à la chute pour le seigneur Gabriel. Victor, quant à lui, maîtrise très bien ses appuis. Victor frappe l’épaule de Gabriel. Magnifique coup qui nous porte à six les coups portés à son adversaire. C’est un tournant qui se marque en ce moment. Ho, ho! un septième coup, le seigneur Gabriel a dû mal à revenir dans la compétition. C’est un dixième coup qui est porté par Victor. Le score est de 10 à 6 désignant le seigneur Victor comme grand gagnant de ce second affrontement.

Notre équipe l’acclama quand même comme il se doit.

 

 

OOOO

 

 

- ET C’EST REPARTI avec l’épreuve de QUINTAINE! Anima Biche. Cette épreuve sympathique est la dernière de notre première journée. Je vous rappelle que ce soir vous être tous conviés au grand banquet.

 

- Il ne dira pas « ne vous coucher pas trop tard pour les finales de demain », dit Yann à Simon.

 

- La fête se terminera au levé du jour, dit-Biche. Je sais que notre Dame Isaure nous prépare une fête d‘exception, vous êtes tous attendus.

 

- « Surtout les adversaires d’Anthéa » pense notre Biche, cingla Yann.

- C’est sûr, confirma Simon. Mon frère m’a dit qu’Isaure avait invité les filles du Corsaire à revenir ce soir.

- Cette fois-ci, il va pouvoir en profiter, lâcha Yann.

- J’ai failli lui dire, en profita Simon. Mais je l’ai juste pensé très fort.

- T’a pas pris le risque.

- Je ne prends jamais de risque, Avoua Simon.

- Demain tu vas faire tes preuves, tu vas leur en mettre plein la vue, je le sais.

Simon sourit, pas très convaincu mais plein d’espoir.

- Tu crois que je vais leur en mettre plein la vue pendant la quintaine?

- La quintaine c’est pas une épreuve pour en mettre plein la vue, c’est le cirque!

- C’est vrai, accorda Simon.

 

Il est vrai que la quintaine était l’épreuve comique! Les écuyers savaient qu’elle n’était pas faite pour les mettre en valeur, mais, elle pouvait même en avant leur sens de l’humour, leur sens du spectacle, leur sens du détachement. C’était une épreuve très frustrante pour tous les fiers, crâneur et vaniteux.

La quintaine était le nom du poteau surmonté d’un bras rotatif, doté d’un écu d’un coté et d’un sac lesté de l’autre. Lancé au galop, on frappait l’écu avec sa lance, le bras rotatif tournait sur lui-même et le sac assommait l’écuyer s’il ne l’évitait. En général l’écuyer préférait l’éviter, le spectateur préférait que le sac atteigne son but.

 

- Sa lance placée en équilibre sous le bras, l’écuyer se prépare à charger la quintaine. Il faut qu’il vise la cible au centre de l’écu de bois. C’est un bon exercice pour vérifier les réflexes, car s’il atteint l’écu, l’écuyer doit baisser la tête pour esquiver le sac lesté. Mais nous savons tous ce que nous voulons, lança Biche.

- A TERRE, A TERRE, A TERRE, hurla la foule.

 

- Et voilà, dit Yann. Le spectacle où nous sommes les « dindons de la farce » va commencer.

- Un frère, et un beau frère tournés en ridicule, je suis comblé, dit Simon.

- Décidément toute ta famille est réuni.

- Oui, confirma Simon en ouvrant de grands yeux navrés. Une fois de plus, ils seront bercés par le doux spectacle de voir Simon le raté, le peureux, qui n’as toujours pas son pouvoir.

- Viens rire d’eux, ça te changera.

Simon eut l’œil pétillant.

 

Nico d‘Anthéa, appréhenda tellement sa chute, qu’à terre elle avait encore sa lance figée entre ses deux petites mains.

Till, le fameux beau frère prit le sac en pleine tête, trop sûr d’avoir touché la cible.

Simon ne frappa même pas la cible, trop peureux de savoir le sac lui arriver en pleine tête.

Erik frappa si fort la cible qu’il n’eut pas le temps de se baisser pour éviter le sac.

Yann se coucha et se redressa trop vite, il prit le sac dans le dos et se retrouva dans les bottes de paille, on aurait dit que Kela, la jument de Rasmus se moquait de lui.

Cadwal et Briac de Cernunnos, ayant suivis le même entraînement, tombèrent sur la même botte.

Alix fine et élancée brava l’épreuve sans aucune difficulté, au grand damne de Yann qui devait l’affronter le lendemain dans la finale du combat des pouvoirs.

 

La foule eut sa part de rire.

Les ventres étaient creux et bien méritant d’un bon repas.

Les yeux étaient fatigués et bien méritant d’une nuit de sommeil.

La première journée des tournoyeurs était finie.

 

 

OOOO

 

 

Quel serait le ton de ce deuxième repas? Une fois de plus c’est le corsaire qui le donna. Un drapé noir s’ouvra et lui, le visage toujours masqué de blanc, et ses filles de scène s’introduisirent d’or recouverts. Torse et poitrines nus, l’or eut son effet!

Dix paons farcis à la queue déployée et cinq cygnes semblant encore vivants entrèrent pour ravir les estomacs.

Victor se laissa distraire par Evadora, la charmeuse de serpent, Rasmus se laissa satisfaire par le paon grillé accompagné de ses pêches chaudes. Yann espérait un geste de sa grand-mère, Simon tournait en rond ses fèves et Isabel se laissa émerveiller par ces femmes de spectacle.

C’est Helena qui vînt vers Yann.

- Yann?

- Oui! dit-il plein d’intérêt.

- Je suis heureuse de te connaître.

- Moi aussi!

Helena avait les yeux brillants. C’était une femme-enfant, plus âgée et plus jeune que lui à la fois.

- Tu sais, tu as les mêmes joues que notre grand-père! Je l’ai vu tout de suite, tu souris tout le temps, comme lui.

- Il est ici? Demanda Yann en cherchant autour de lui

- Non, il nous a quitté l’année dernière, dit-elle tristement. J’ai eu l’impression de le voir aujourd‘hui, ajouta-t-elle en lui pinçant gentiment la joue.

Yann réalisa qu’il ne connaîtrait jamais son grand père.

- Grand-mère va venir te parler.

- Elle veut me parler?

- Elle se doit de le faire. Elle doit féliciter les vainqueurs de la première journée.

- Helena, jeune fille, s’annonça Ariane. Ton frère t’attend à table.

Helena eut un sourire contrit pour son cousin. Elle prit congé.

La cour d’Ariane la suivait : Biche en tenue or pour correspondre au thème de la soirée et Isaure des ombres sous les yeux.

La tablée complète regarda la grand-mère et son petit fils.

- Yann.

- Oui dame Ariane?

Elle se devait d’être exemplaire.

- Tu as fait une très bonne prestation cette après midi.

- Il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur, dit sobrement Yann.

- Mais, voulut-elle faire remarquer. Bien d’autres sont à combattre avant de devenir chevalier.

- J’en suis conscient Dame Ariane.

- Je connais des écuyers très prometteurs. Le frère d’Helena sera présenté l’année prochaine.

- Il faut estimer ce que l’homme fait, non pas ce qu’il peut faire.

- Il est vrai mais…

Yann ne voulut pas suivre sa grand-mère sur le terrain des prometteurs et non prometteurs, des méritants et non méritants. Il se tourna vers les siens.

- Gardez des félicitations pour mon seigneur Victor et notre chevalier Rasmus.

Ariane fut prise de court.

Yann leva son verre.

- Courage à vous et soyez vainqueur.

Biche suiveur d’Ariane prêta son verre à sa dame pour qu’elle puisse honorer les hommes de Magimel.


Par Angelique E Mahé - Publié dans : Textes du livre - Communauté : Les portes du merveilleux.
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