OOOO
- C’est le deuxième affrontement de joute montée que nous allons voir ce
matin. Espérons que celui-ci sera plus long. De toute façon, il serait difficile de faire plus court, cingla Biche. La piste est propre, les hérauts d’Anthéa et Vane-Ase peuvent
venir nous présenter leurs chevaliers.
Brak, le héraut de
Vane-Ase entra d’un pas marqué sur la piste, Lilh, sembla flotter. La terre, battue par le premier se reposa au passage du second.
Brak ouvrit ses bras à la foule pour cadrer son
attention.
- Spectateur, l’homme qui entre maintenant n’a peur de rien, ni de
personne.
La foule l’écouta.
- Ce chevalier vit en érèbe, cela devrait faire foi de son
courage. Ce chevalier c’est Brice deKerdasclémon, fils de Grégoire de Kerdasclémon lui-même frère de notre seigneur Guillaume.
Brice entra sur la piste épaule large, il était déjà
vainqueur.
Brak laissa la parole à Lilh.
- Chers Eréals, chers invités, le Chevalier que je vais vous
présenter est la perle du courage, annonça calmement l’orateur. Elle est le joyau de nos amazones, fille d’Ena et d’Oréo membre du peuple de la
mer.
Ses paroles enchantaient la foule.
- Voici notre trésor : Alpha.
La belle blonde arriva de cuir brun vêtu sur un cheval Palomino.
Sa robe dorée contrastait avec son très soyeux crin ivoire.
Le temps de compter jusqu’à 10 l’affrontement était
terminé.
Alpha tomba après un violant coup au thorax. Relevée, elle avait oublié
ce qu’elle faisait ici. Biche prononça la victoire de Brice.
OOOO
- Nous voici prêts à voir l’épreuve des Pouvoirs, annonça Biche.
Ce combat, dont le but étant de sortir son adversaire du cercle tracé au centre de la lice est présenté en trois manches décomptées par un sablier. Si aucun des deux concurrents n’est expédié du
cercle à la fin du sablier, c’est vous-même spectateurs qui choisirez le plus méritant.
- Vive l’impartialité, dit Simon à Yann.
- Il faudra juste que cela n’arrive pas, dit Yann. Mon adversaire devra
sortir du cercle.
- Erik est très fort, c’est quand même un élémentaire
terre.
- Tu le connais aussi?
- Plutôt! C’est mon frère.
- Mon adversaire est ton frère?
- Oui, confirma Simon. Ma famille n‘est faite que de combattants nés.
Imagine le fossé avec moi, compléta Simon.
- J’imagine les réunions de famille.
- Mon père s’est souvent demandé si j’étais bien son
fils.
- Dur!
- C’est peu dire! Confirma Simon. Surtout quand, moi-même, je me pose la
question, pensa-t-il.
- Cadwal de Cernunnos et Alix
d’Anthéa sont attendus sur la piste pour le premier Combat des Pouvoirs.
La foule aimait cet affrontement pour la part dans laquelle elle avait à
intervenir. Plus le sablier versait son sable plus les spectateurs s’excitaient à l’idée d’avoir le pouvoir de déterminer le gagnant de l’épreuve.
Cadwal, invulnus, se crut arrivé avec son pouvoir d’
invulnérabilité, c’était sans compter sur le fait qu’Alix était une élémentaire feu, seul pouvoir craint par les dits « invulnérables ».
Le combat fut rapidement conclu en faveur de la brûlante
Alix.
Ensuite, vînt l’affrontement tant attendu par Yann. Non pas pour la
rencontre avec son adversaire mais pour faire ses preuves auprès de sa grand-mère.
Noah introduisit l’écuyer:
- Fils de Thomas, le formidable forgeron d’armures légendaires,
et de dame Vianne fille d’Ariane d’Anthéa.
La foule regarda alternativement la dame et son petit fils. Même Helena,
petite fille reconnue, n’avait pas l’air d’être au courant de ce lien de filiation. Elle sembla demander à sa mère et sa grand-mère si ce fait était exacte. Après leurs réponses, si Ariane resta
tolérante et Isaure circonspecte, Helena se présenta curieuse et accueillante. Ce nouveau cousin avait des airs de son grand père perdu, cela créa naturellement un lien avec
Yann.
- Encouragez Yann, futur chevalier, pour son premier tournoi, demanda
Noah.
La foule eut un coup de cœur pour ce jeune écuyer. Fils d’un forgeron et
d’une dame, ils le virent comme un espoir de changement; de changement de classe, de changement de vie; ils le virent comme un pont entre les classes et les
territoires.
Au centre du cercle, les deux garçons porteurs de drapeaux allaient
marquer l’entrée de Yann dans l’histoire des tournois, l’entrée dans l’espace d’honneur, de fierté et de communauté. Un espace qu’il espérait depuis le jour où Marion lui avait rappelé qu’il
n’était que le fils du forgeron et que sa défunte mère, si elle avait vécu plus longtemps, l’aurait quitté pour reprendre la place qui était la sienne, c’est-à-dire celle de dame au coté du
seigneur Victor, en oubliant, bien sûr, qu’elle avait eu un fils avec le forgeron. Marion mettait un certain point d’honneur à frapper verbalement là où ça faisait
mal.
Les drapeaux touchèrent le sol après leur envolée. La terre soulevée par
ceux-ci marqua la dernière limite entre Yann et Erik.
Erik avança vers Yann le pas lourd. Il attira la poussière de terre
environnante pour la projeter au visage de Yann qui répondit en couvrant son visage d’une peau de métal. La foule fut très sensible à cet effet.
Le silence régnait.
Les poings de terre compactée enchaînèrent des gauches droites que Yann
esquiva avec adresse et rapidité. Un blocage déviant de Yann et Erik fut déséquilibré jusqu’à la limite du cercle. Il avait eu chaud! Un peu plus et la première manche se
terminait.
Considérant la masse compacte de son adversaire, Yann compris que seule
cette masse pourrait contraindre Erik à franchir le cercle.
Erik riposta d’une charge frontale, pleine de revanche. Elle lui fut
fatale, Yann se déporta au dernier moment de l’espace visé et la masse s’effondra tout droit hors du cercle.
La première manche était terminée.
La foule se leva d’enthousiasme.
Guillaume intervînt auprès de son fils.
- Reprends-toi, ce n’est qu’un fils de
forgeron.
Le fils hocha la tête en réponse.
Victor intervînt auprès de son écuyer.
- Continue comme ça.
Yann inclina la tête avec conviction.
- Seconde manche, annonça Biche. Je rappelle qu’il n’y a qu’une seule
règle, ne pas tuer son adversaire, lâcha le coordinateur.
La foule se concentra, des tambours se firent entendre en bord de
lice.
Le rythme marqué, les regards entre Yann et Erik
s’échauffèrent.
Erik se transforma en une boule de terre comparable à la pierre, Yann se
recouvra de pointes de métal, embrocha la masse de terre et l’expédia au-delà du cercle dans un mouvement de dégagement né de l‘énergie de son propre adversaire.
Le porteur de drapeaux marquant les points de Yann lui accrocha un second
drapeau de victoire.
La foule honora le fils de forgeron.
La troisième manche commença au moment où Erik rentra en trombe dans le
cercle bien décider à faire son point. Il recouvra toute une corde du cercle en se pulvérisant. Yann riposta en se fondant au sol en une nappe de métal liquide comme le
mercure.
La foule attendait, tout le monde
attendait.
Le moment décisif se faisait attendre.
La poudre que formait Erik se rassemblait en petits amas. Il luttait
contre la pesanteur comme un être humain luttait pour garder les muscles de son ventre serrés. Yann ne souffrait pas de sa position, il se permettait d’attendre. Seul, le sablier ne se faisait
pas attendre et Erik comptait sur lui pour clôturer la troisième manche, une manche d’honneur pour lui puisque celle-ci comptait pour deux, pour les deux manches qu’il venait de
perdre.
Les derniers grains du sablier tombaient, Erik ne tînt pas la durée, il
s’effondra au sol sur la nappe de métal qui l’emmena près de la ligne pour le projeter en dehors du cercle.
La foule fut fière de son « coup de cœur » et accueillit Yann
dans la légende du Tournoi du Milieu.
OOOO
L’humidité du matin avait quitté la terre, l’après-midi faisait meilleur
« ménage » avec les armures complètes, la rouille étant le pire ennemi du combattant.
- Chers hôtes, avant de passer au superbe Combat des Seigneurs
qui débutera avec notre merveilleuse dame Isaure et le grand seigneur Guillaume, je vous donne rendez-vous demain matin pour la grande finale entre le Mystérieux Rasmus
et l’Impavide Brice.
La foule étaient impatiente de voir cet
affrontement.
Lilhs’imposa cette fois-ci. Il devait une belle
présentation à sa dame. Guillaume retint Brak qui tenta de lui prendre le pas.
- Cela fait bien longtemps que notre Dame ne nous a pas gratifié de sa
belle présence sur le terrain. Elle qui illumine si souvent nos terres et nos îles va maintenant illuminer le terrain de ce 121ème Tournoi du Milieu et illuminer… vos cœurs. Je vous demande
d’accueillir dame Isaure.
Brak défia l’autorité de son seigneur en entrant sur le terrain sans sa
permission.
- Je vous annonce l’entrée de notre maître à tous :
Guillaume.
Isaure et Guillaume se présentèrent dans la lice, face à face, en dehors
de leur recès, de leur refuge.
Leurs armures protégeaient toute la surface de leurs corps. Les secrets
de celles-ci étaient leur légèreté et des articulations souples au niveau du cou, des épaules, des coudes, des poignets, des hanches, des genoux et des chevilles. La carrure de Guillaume, seul
point révélateur de son identité, semblait être deux fois plus imposante que celle d’Isaure .
Elle releva la visière de son casque.
Si Isaure était descendue dans la lice épée à la main ce n’était
certainement pas pour la quitter au premier tour. À en croire son regard, elle avait une revanche à prendre sur son adversaire.
- Elle a vraiment un regard dur pour lui, perçut Isabel assise en haut de
la pyramide qu’elle formait avec Yann-Simon assis en dessous, Victor-Rasmus assis encore au-dessous. Ceci en proportion à la somme de leurs largeurs d’épaules!
- On en ressent une profonde violence, observa
Rasmus.
- Ils se sont aimées, révéla Victor.
- Ha, lâcha Simon dubitatif.
- Ça se présente être un affrontement intéressant, dit Yann piqué au vif
(comme l’aurait été Léo!).
Cette épreuve en un contre un demandait une épée courtoise, une épée sans
tranchant ni pointe, ce qui n’empêchait pas la perte possible de membres ou de la vie.
Il fallait avoir porté 10 coups sur l’armure de son adversaire pour être
présenté comme vainqueur.
Les deux garçons préposés aux drapeaux s’étaient munis de 10 petits
drapeaux blancs chacun pour marquer comme points ces coups. Vrai cauchemar au redressage pour les forgerons, c’est à cela que pensa Yann quand Isaure porta son premier coup sur la tête de
Guillaume. Le premier drapeau-point fut mis en place pour la dame.
- Isaure est sans conteste plus rapide que le seigneur Guillaume.
Celui-ci à l’air déstabilisé, commenta Biche.
Guillaume envoya son épée en direction du commentateur, celui-ci en
perdit son chapeau trop voyant. Le silence régna dans les gradins. Guillaume fit signe à son écuyer de lui amener une autre épée.
- Ça va vraiment être un affrontement intéressant, pointa
Yann.
Guillaume était monté en pression et bien décidé à ne plus rien lâché!
Femme ou pas femme, ex ou pas ex, il allait lui démonter ces petites jambes.
Le premier, deuxième, troisième, quatrième et cinquième points furent
marqués le temps d’un clignement d’œil.
- Guillaume montre du cœur à l’ouvrage chers invités, commenta
Biche.
Le grand héraut n’aimait pas être menacé et savait être très
agaçant.
Guillaume ouvrit sa visière pour le prévenir du regard, mais Biche lui
répondit d’un sourire acerbe.
- Ce combat est une perle, une petite merveille,
compléta-t-il.
Guillaume choisit de se défouler sur Isaure en marquant son sixième et
septième points et huitième. En réponse Isaure marqua 8 points ce qui porta le score à 9 pour elle, 8 pour lui.
- Guillaume est au pied du mur.
Le seigneur projeta de nouveau son épée en direction de
Biche.
L’écuyer lui présenta une autre nouvelle
épée.
- Il est bientôt vaincu!
Guillaume se tourna vers Biche.
Le commentateur se tapit dans son
promontoire.
- Guillaume? Engagea Isaure. Sommes nous ici pour que tu maltraites le
grand héraut ou pour nous battre?
- Je suis là pour gagner, tu es là pour perdre, mon
aimée.
Isaure se laissa déstabiliser par ce mot
d’amour.
Il lui porta les deux derniers coups qui la menèrent au
sol.
- J’espère que tu étais venue pour perdre
Isaure.
- Apparemment oui, conclut-elle.
Il ne la releva pas et se retira de la lice s’en même savourer sa
victoire.
- Guillaume l’emporte sur Isaure, annonça
Brak.
- Nous le félicitons pour son « faire plait », condamna Biche
du haut de sa « tour ».
- Et sa supériorité sans conteste, renchérit
Brak.
- c’est vraiment triste, conclut Isabel.
Le second Combat des Seigneurs fut presque ignoré, le public était trop
porté à faire des commentaires sur le premier combat. Mais Biche fit bien son travail :
- La glissade va presque à la chute pour le seigneur Gabriel. Victor,
quant à lui, maîtrise très bien ses appuis. Victor frappe l’épaule de Gabriel. Magnifique coup qui nous porte à six les coups portés à son adversaire. C’est un tournant qui se marque en ce
moment. Ho, ho! un septième coup, le seigneur Gabriel a dû mal à revenir dans la compétition. C’est un dixième coup qui est porté par Victor. Le score est de 10 à 6 désignant le seigneur Victor
comme grand gagnant de ce second affrontement.
Notre équipe l’acclama quand même comme il se
doit.
OOOO
- ET C’EST REPARTI avec l’épreuve de QUINTAINE! Anima Biche. Cette
épreuve sympathique est la dernière de notre première journée. Je vous rappelle que ce soir vous être tous conviés au grand banquet.
- Il ne dira pas « ne vous coucher pas trop tard pour les finales de
demain », dit Yann à Simon.
- La fête se terminera au levé du jour, dit-Biche. Je sais que notre Dame
Isaure nous prépare une fête d‘exception, vous êtes tous attendus.
- « Surtout les adversaires d’Anthéa » pense notre
Biche, cingla Yann.
- C’est sûr, confirma Simon. Mon frère m’a dit qu’Isaure avait invité les
filles du Corsaire à revenir ce soir.
- Cette fois-ci, il va pouvoir en profiter, lâcha
Yann.
- J’ai failli lui dire, en profita Simon. Mais je l’ai juste pensé très
fort.
- T’a pas pris le risque.
- Je ne prends jamais de risque, Avoua
Simon.
- Demain tu vas faire tes preuves, tu vas leur en mettre plein la vue, je
le sais.
Simon sourit, pas très convaincu mais plein
d’espoir.
- Tu crois que je vais leur en mettre plein la vue pendant la
quintaine?
- La quintaine c’est pas une épreuve pour en mettre plein la vue, c’est
le cirque!
- C’est vrai, accorda Simon.
Il est vrai que la quintaine était l’épreuve comique! Les écuyers
savaient qu’elle n’était pas faite pour les mettre en valeur, mais, elle pouvait même en avant leur sens de l’humour, leur sens du spectacle, leur sens du détachement. C’était une épreuve très
frustrante pour tous les fiers, crâneur et vaniteux.
La quintaine était le nom du poteau surmonté d’un bras rotatif, doté d’un
écu d’un coté et d’un sac lesté de l’autre. Lancé au galop, on frappait l’écu avec sa lance, le bras rotatif tournait sur lui-même et le sac assommait l’écuyer s’il ne l’évitait. En général
l’écuyer préférait l’éviter, le spectateur préférait que le sac atteigne son but.
- Sa lance placée en équilibre sous le bras, l’écuyer se prépare à
charger la quintaine. Il faut qu’il vise la cible au centre de l’écu de bois. C’est un bon exercice pour vérifier les réflexes, car s’il atteint l’écu, l’écuyer doit baisser la tête pour esquiver
le sac lesté. Mais nous savons tous ce que nous voulons, lança Biche.
- A TERRE, A TERRE, A TERRE, hurla la
foule.
- Et voilà, dit Yann. Le spectacle où nous sommes les « dindons de
la farce » va commencer.
- Un frère, et un beau frère tournés en ridicule, je suis comblé, dit
Simon.
- Décidément toute ta famille est réuni.
- Oui, confirma Simon en ouvrant de grands yeux navrés. Une fois de plus,
ils seront bercés par le doux spectacle de voir Simon le raté, le peureux, qui n’as toujours pas son pouvoir.
- Viens rire d’eux, ça te changera.
Simon eut l’œil pétillant.
Nico d‘Anthéa, appréhenda tellement sa chute, qu’à
terre elle avait encore sa lance figée entre ses deux petites mains.
Till, le fameux beau frère prit le sac en pleine tête, trop sûr
d’avoir touché la cible.
Simon ne frappa même pas la cible, trop peureux de savoir le sac
lui arriver en pleine tête.
Erik frappa si fort la cible qu’il n’eut pas le temps de se
baisser pour éviter le sac.
Yann se coucha et se redressa trop vite, il prit le sac dans le
dos et se retrouva dans les bottes de paille, on aurait dit que Kela, la jument de Rasmus se moquait de lui.
Cadwal et Briac de Cernunnos, ayant suivis le
même entraînement, tombèrent sur la même botte.
Alix fine et élancée brava l’épreuve sans aucune difficulté, au
grand damne de Yann qui devait l’affronter le lendemain dans la finale du combat des pouvoirs.
La foule eut sa part de rire.
Les ventres étaient creux et bien méritant d’un bon
repas.
Les yeux étaient fatigués et bien méritant d’une nuit de
sommeil.
La première journée des tournoyeurs était
finie.
OOOO
Quel serait le ton de ce deuxième repas? Une fois de plus c’est le
corsaire qui le donna. Un drapé noir s’ouvra et lui, le visage toujours masqué de blanc, et ses filles de scène s’introduisirent d’or recouverts. Torse et poitrines nus, l’or eut son
effet!
Dix paons farcis à la queue déployée et cinq cygnes semblant encore
vivants entrèrent pour ravir les estomacs.
Victor se laissa distraire par Evadora, la charmeuse de serpent, Rasmus
se laissa satisfaire par le paon grillé accompagné de ses pêches chaudes. Yann espérait un geste de sa grand-mère, Simon tournait en rond ses fèves et Isabel se laissa émerveiller par ces femmes
de spectacle.
C’est Helena qui vînt vers Yann.
- Yann?
- Oui! dit-il plein d’intérêt.
- Je suis heureuse de te connaître.
- Moi aussi!
Helena avait les yeux brillants. C’était une femme-enfant, plus âgée et
plus jeune que lui à la fois.
- Tu sais, tu as les mêmes joues que notre grand-père! Je l’ai vu tout de
suite, tu souris tout le temps, comme lui.
- Il est ici? Demanda Yann en cherchant autour de
lui
- Non, il nous a quitté l’année dernière, dit-elle tristement. J’ai eu
l’impression de le voir aujourd‘hui, ajouta-t-elle en lui pinçant gentiment la joue.
Yann réalisa qu’il ne connaîtrait jamais son grand
père.
- Grand-mère va venir te parler.
- Elle veut me parler?
- Elle se doit de le faire. Elle doit féliciter les vainqueurs de la
première journée.
- Helena, jeune fille, s’annonça Ariane. Ton frère t’attend à
table.
Helena eut un sourire contrit pour son cousin. Elle prit
congé.
La cour d’Ariane la suivait : Biche en tenue or pour correspondre au
thème de la soirée et Isaure des ombres sous les yeux.
La tablée complète regarda la grand-mère et son petit
fils.
- Yann.
- Oui dame Ariane?
Elle se devait d’être exemplaire.
- Tu as fait une très bonne prestation cette après
midi.
- Il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur, dit sobrement
Yann.
- Mais, voulut-elle faire remarquer. Bien d’autres sont à combattre avant
de devenir chevalier.
- J’en suis conscient Dame Ariane.
- Je connais des écuyers très prometteurs. Le frère d’Helena sera
présenté l’année prochaine.
- Il faut estimer ce que l’homme fait, non pas ce qu’il peut
faire.
- Il est vrai mais…
Yann ne voulut pas suivre sa grand-mère sur le terrain des prometteurs et
non prometteurs, des méritants et non méritants. Il se tourna vers les siens.
- Gardez des félicitations pour mon seigneur Victor et notre chevalier
Rasmus.
Ariane fut prise de court.
Yann leva son verre.
- Courage à vous et soyez vainqueur.
Biche suiveur d’Ariane prêta son verre à sa dame pour qu’elle puisse
honorer les hommes de Magimel.
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