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Au début…

Chapitre I

 

 

 

 

Un matin d‘automne, alors qu’elle traversait la forêt de Brocéliande, où jamais aucun chevalier ne s’aventurait seul par peur de quelques maléfices, une vieille femme trouva dans le creux des racines d’un chêne, un enfant langé. Ce bébé, de peut-être 6 mois, ne paraissait pas troublé par sa situation. Il arborait un sourire qui faisait pétiller ses deux petites prunelles bleutées. L’ayant pris dans ses bras, elle avait fait de lui son ange, comme si elle-même l’avait enfanté. Elle l’avait emmené et élevé jusqu’à mes onze ans.

 

L’aube de ma vie avait dépendu d’elle. Macha était ma bonne fée, mais sa vie avait déjà vu trop d’hivers, de guerres et de famines. Sa perte me laissa sans mot avec pour seule consolation le savoir qu’elle m’avait enseignée.

Au village, elle était bien connue et crainte. On disait d’elle qu’elle aimait le Diable, que c’était une jeteuse de sort, une sorcière. Bien sûr, il n’en était rien, mais on le disait, donc on le croyait. On est toujours personne et tout le monde à la fois. La peur du Diable, si présente chez les villageois, les poussait souvent à utiliser ce on. Cependant, on savait la trouver pour résoudre ces problèmes.

À sa mort, le propriétaire de la petite ferme où nous vivions me posa sur une estrade à la foire. Pour lui, une enfant c’était trop de travail et d’argent surtout. Il espérait me trouver une bonne famille, des parents qui sauraient bien s’occuper de moi, dans ces lieux où tout s’achète et se vend. Des enchères, des prix retentissaient à mes oreilles, sans que cela ne veuille dire quelque chose. Naïve, je pensais qu’il allait me trouver ce qu’il disait : des parents.

Un homme d’âge mûr sortit de l’ombre d’une ruelle. Vêtu de noir, les épaules surmontées d’une peau de loup, il posa quarante pièces d’or sur les planches de l’estrade. Voyant la somme, le propriétaire se rua sur le butin. Un trésor contre une orpheline ! C‘était une aubaine pour lui. Sans même observer ni regarder l’homme, il lança un vendue, la tête déjà concentrée au comptage des pièces.

L’homme m’avait saisie par la main et accompagnée à monter sur son cheval. Sur les chemins gelés de l’hiver, dans le silence de la conversation, je m’étais remémorée ce propriétaire avide, comptant ses quarante pièces offerte contre moi. Tel était ce monde.

 

À la nuit tombée, l'homme rompit le silence :

- Macha m’a demandé d’assurer ton éducation.

Jamais je n’avais vu cet homme, alors comment connaissait-il ma nourrice ?

Arrivés près des remparts d'un château vieillissant, il avait fait un geste fluide de la main, le pont-levis s‘était alors baissé. Fronçant les sourcils, j’avais tout d’abord pensé : « je n’ai pas cru voir d’homme à la barre du levier ! ». Il m’avait alors répondu : « non il n’y en a pas » .

Son destrier mis aux écuries, nous avions monté des escaliers de granite noir jusqu’à l'avant-dernier étage de la tour d’angle ouest. De cette tour l’on pouvait voir le soleil mourir au-delà de la forêt qui s’étendait jusqu’à l’horizon. Alors que la lune était déjà haute dans le ciel, les rondes avaient commencé au-dessus de nos têtes. Placés dans une chambre sous-jacente aux gardes, j'entendais leurs pas résonner le long des poutres de bois.

Dans cette petite chambre, l'homme avait fait installer un lit, un coffre et une planche sur deux tréteaux couverte de livres.

Voici ta chambre. Ici, je t’enseignerai ce que je sais en échange de quoi, plus tard, après avoir remboursé ta dette envers moi, tu seras libre.

Cela voulait-il dire que je n'étais plus libre ?

- Tu dois savoir comme moi que tu devras être plus vigilante que Macha pour tromper ce monde, j’espère que ton instruction te le permettra.

Ces mots s’étaient arrêtés ainsi, sans signification pour certains, ni explication pour d’autres. Il sortit, me laissant dans le noir malgré les deux bougies qui éclairaient la pièce. L’heure était venue de dormir, les réponses viendraient sans doute plus tard.

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